UN SOUVENIR PERSONNEL À PARIS
À l’heure où le Sénégal célèbre le 90e anniversaire de Son Excellence Abdou Diouf, je souhaite m’associer à la reconnaissance nationale et rendre hommage à un homme qui a marqué l’histoire de notre pays et dont le parcours continue d’inspirer.
J’ai eu le privilège de le rencontrer à Paris, alors qu’il assumait les fonctions de Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie. J’étais à l’époque Directeur du développement d’une organisation regroupant quatorze pays membres, et nos échanges portaient sur le renforcement des relations de coopération entre nos deux institutions.
Je garde le souvenir d’un homme d’une courtoisie exceptionnelle, humble, posé, pesant chacun de ses mots, et qui cherchait toujours à mettre son interlocuteur à l’aise. Je me rappelle encore cette phrase empreinte de chaleur humaine : « Vous savez, nous sommes des parents, car je suis apparenté à Yacine Gaye Massar. » Ce moment illustre sa simplicité et son profond respect de l’autre.
UN SOUVENIR FAMILIAL AU SÉNÉGAL
Je voudrais également partager un souvenir transmis par mon père, qui à l’époque exerçait les fonctions de Chef d’arrondissement – ce qui correspond aujourd’hui aux Sous-préfets du Sénégal. Lors d’une visite officielle qu’il effectua dans la région, le président Abdou Diouf fut accueilli et présenté à mon père par un notable éminent de la localité.
Ce qui a marqué les esprits ce jour-là, c’est l’attitude du chef de l’État. Bien que son rang fût le plus élevé de la République, il s’adressa à mon père – pourtant simple administrateur local, mais plus âgé que lui d’une dizaine d’années – avec une déférence rare. Il lui donna les deux mains, en affirmant devant l’assistance : « C’est vraiment notre doyen à tous. »
Ce geste, empreint de respect et d’humilité, témoigne encore une fois de la grandeur d’Abdou Diouf : un homme d’État qui savait conjuguer son autorité avec une profonde considération pour les valeurs sociales et culturelles du Sénégal.
UNE HUMILITÉ QUI TRANCHE AVEC D’AUTRES EXPÉRIENCES
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est que cette humilité d’Abdou Diouf tranche radicalement avec certaines expériences que j’ai pu vivre au niveau international. J’ai vu de simples présidents d’institutions financières traiter leurs collaborateurs avec une dureté inexplicable : interdire à leurs équipes d’emprunter le même ascenseur qu’eux, refuser qu’un employé garde les mains dans les poches, ou même aller jusqu’à proscrire le fait de s’asseoir à califourchon, comme si chaque attitude devait traduire une soumission.
Face à de tels comportements, l’attitude d’Abdou Diouf apparaît encore plus admirable : loin de la distance hautaine ou des signes ostentatoires de pouvoir, il incarnait au contraire une autorité naturelle, faite de respect, de simplicité et de considération pour autrui.
UNE RÉFLEXION OUVERTE
En partageant ces souvenirs, je voudrais aussi, de façon très respectueuse, ouvrir une réflexion sur une question plus large : pourquoi les dirigeants sénégalais, une fois leur mission accomplie à la tête de l’État, choisissent-ils souvent de s’installer à l’étranger, notamment à Paris ? Le Sénégal est pourtant une terre d’accueil généreuse, reconnue comme telle, ayant offert hospitalité à de grandes figures africaines telles qu’Ahmadou Ahidjo du Cameroun, Hissène Habré du Tchad ou encore Amadou Toumani Touré du Mali.
Sans remettre en cause des choix personnels parfaitement légitimes, il serait souhaitable que, dans l’avenir, nos anciens chefs d’État puissent demeurer davantage au Sénégal, aux côtés de leurs concitoyens, afin de continuer à partager leur expérience et leur sagesse, comme on le constate dans nombre de pays anglophones. Ce serait un atout supplémentaire pour la stabilité et la vitalité de notre nation.
Magaye GAYE
Économiste international
Ancien Cadre de la BOAD

























