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REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE : UNE FAUSSE URGENCE POUR LE SÉNÉGAL?

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Le Premier ministre du Sénégal, monsieur Ousmane SONKO a annoncé, pour le vendredi 1er juillet 2025, une décision majeure autour d’un plan de redressement économique. Une initiative qui, au premier abord, pourrait traduire une volonté de réorientation stratégique. Mais cette décision mérite d’être analysée à l’aune de la réalité économique du pays, des principes classiques du redressement économique, et des risques majeurs qu’elle pourrait engendrer si elle repose sur une lecture erronée de la situation nationale.Qu’est-ce qu’un plan de redressement économique ?Un plan de redressement économique est un ensemble de mesures drastiques adoptées par un Etat ou une institution en situation de grave déséquilibre économique ou budgétaire. Il s’agit, généralement, d’un mécanisme d’urgence destiné à stopper une spirale négative : explosion de la dette, dérapage du déficit public, effondrement du tissu productif, perte de confiance des investisseurs, inflation hors de contrôle ou encore crise monétaire.Ces plans sont souvent adoptés dans des contextes de récession sévère, de crise structurelle ou à la suite de catastrophes politiques, sanitaires ou naturelles. C’est l’exemple de la Grèce après la crise de la dette ou le Liban, d’alors, en pleine crise financière. Le redressement économique s’accompagne fréquemment de mesures d’austérité : réduction de la masse salariale de l’Etat, suppression d’agences ou directions, hausse de la fiscalité, privatisations, etc.Un redressement injustifié dans le contexte sénégalais :Le Sénégal, au moment de l’alternance politique en mars 2024, ne se trouvait pas en situation de crise économique majeure. Le pays connaissait une dynamique de croissance soutenue depuis plus d’une décennie, grâce notamment au Plan Sénégal Émergent (PSE), qui a offert un cadre stratégique cohérent, largement salué par les partenaires techniques et financiers.Les projets structurants, l’amélioration de la gouvernance économique, l’expansion des infrastructures et la diversification progressive de l’économie, notamment dans les domaines de l’agriculture, des services, de l’énergie et des technologies, ont permis de stabiliser les grands équilibres macroéconomiques. Aucun rapport d’urgence du FMI, de la BCEAO ou de la Banque mondiale n’a signalé un effondrement nécessitant un plan de sauvetage.Dans ce contexte, parler de redressement relève davantage d’une posture politique que d’un impératif économique. Une telle orientation pourrait créer plus de déséquilibres qu’elle ne prétend en corriger.Des conséquences potentiellement graves pour les Sénégalais :Si le gouvernement persiste dans cette voie, les conséquences sociales pourraient être dramatiques. Les pertes d’emplois massives liées à la suppression ou la fusion précipitée d’agences risquent de mettre à la rue des milliers de travailleurs. Cela créerait un chômage de masse chez les jeunes et une rupture du lien de confiance entre l’Etat et les citoyens.La réduction des services publics : la disparition de structures d’accompagnement social ou économique signifie la baisse de l’accessibilité aux services de base, en particulier dans les zones rurales.La pression fiscale accrue : en l’absence d’une réelle base productive alternative, l’Etat pourrait être tenté d’augmenter la fiscalité pour compenser ses pertes, affectant, lourdement, les PME et les ménages.La fracture sociale : un plan imposé, sans concertation ni communication claire, peut engendrer des mouvements sociaux, des grèves et un climat d’instabilité. Ce serait paradoxal pour un régime élu sous la bannière du renouveau et de la rupture avec les pratiques jugées autoritaires du passé.Une autre voie est possible :Au lieu de briser la dynamique économique, le gouvernement aurait pu capitaliser sur les acquis du PSE, en y apportant des ajustements progressifs, notamment en renforçant l’efficacité des investissements publics, en améliorant la transparence dans la gestion, et en stimulant davantage les chaînes de valeur locales.L’Etat n’a pas besoin de démolir pour construire. Il doit éviter de sacrifier l’emploi, la cohésion sociale et l’avenir de la jeunesse sur l’autel d’un redressement sans fondement économique.Monsieur le Premier Ministre, attention à la fausse urgence.La stabilité économique est un capital précieux. L’agiter comme en péril, alors qu’aucune donnée crédible ne le justifie, expose le pays à des secousses inutiles. Les politiques publiques doivent être fondées sur des diagnostics objectifs et sur une lecture responsable de l’histoire économique récente du Sénégal.Monsieur le Premier ministre, un pays ne se redresse pas lorsqu’il est debout. Il avance.

Par Boubacar BIAYE, Ancien Député et Président du Conseil départemental de Sédhiou, Doctorant en Diplomatie et Relations internationales, Expert en Développement durable et Pacte mondial, Membre Fondateur de l’Académie des Experts internationaux France

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