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Comment se débarrasser du jacobisme français sans être souverainiste

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Par Babou Biram FAYE

Dans le tumulte des discours nationalistes, il est devenu courant de confondre souveraineté et souverainisme. Au lendemain de l’alternance du 24 mars 2024, certains nouveaux tenants du pouvoir ont cru que la rupture brutale avec la France constituait l’unique voie de dignité. Ils ont tout faux. Ils ont levé haut le drapeau d’un souverainisme radical, mais sans feuille de route, sans boussole, et surtout sans mesurer le prix à payer. Résultat : ce radicalisme a failli coûter cher au Sénégal. Nos actuels tenants doivent impérativement entériner ceci: la souveraineté n’est pas l’autarcie. Il est illusoire de croire que la souveraineté signifie l’autosuffisance absolue. Même les géants du monde (les États-Unis, la Chine, la France, l’Allemagne, le Japon) ont besoin de partenaires et d’institutions internationales pour consolider leur puissance. Pourquoi le Sénégal ferait-il exception ? La souveraineté, c’est la capacité de choisir ses alliances, de protéger ses intérêts, de diversifier ses marges de manœuvre. Le souverainisme, en revanche, c’est la fermeture, la crispation identitaire, l’illusion qu’on peut s’extraire seul d’un monde interdépendant.

*Défaire le jacobinisme sans tomber dans le piège de l’isolement*

Depuis l’indépendance, la relation entre Dakar et Paris a été marquée par un héritage jacobin : centralisation des décisions, dépendance économique, influence culturelle disproportionnée. Cette posture française s’est souvent traduite par une tutelle voilée, qui limitait la capacité réelle du Sénégal à orienter ses choix stratégiques.Mais faut-il, pour s’affranchir de cette tutelle, tomber dans l’excès inverse du rejet systématique ? Absolument pas. Car le souverainisme radical ne construit rien : il isole, il fragilise, il appauvrit.Oui, il faut se débarrasser du jacobinisme français, ce modèle centralisateur et paternaliste exporté depuis Paris et qui, trop longtemps, a fait de nos États africains des  » _sous-préfectures de la République française_ « . Mais la solution n’est pas dans la fermeture, ni dans les slogans vengeurs, comme « France dégage », qui rassurent les foules, mais, ne nourrissent pas les peuples.Le souverainisme, c’est le réflexe de l’orgueil blessé. La souveraineté, c’est la maîtrise de son destin. Deux choses radicalement différentes.*

La voie Senghorienne : l’enracinement et l’ouverture*

Il est temps de relire Senghor. Quand le président-poète parlait d’ « enracinement et ouverture », il ne pensait pas seulement à la culture ou à la Négritude. Il parlait aussi de diplomatie, d’économie, de sciences, d’éducation, de défense.S’enraciner, c’est affirmer ses valeurs, protéger ses intérêts, bâtir ses propres institutions solides. S’ouvrir, c’est reconnaître que dans un monde interdépendant, nul ne peut avancer seul. Cette philosophie senghorienne reste d’une actualité brûlante : elle offre au Sénégal une boussole pour se tenir debout sans se barricader.

*La lucidité de Bassirou Diomaye Faye*

Le président Bassirou Diomaye Faye a compris que la souveraineté se joue sur le terrain concret des partenariats équilibrés. En engageant une revification des relations avec la France, il n’a pas cédé au vieux réflexe de dépendance, mais il a refusé le piège inverse du rejet absolu. L’intelligence politique est là : transformer une relation verticale en coopération horizontale, exiger du respect sans claquer la porte, diversifier les alliances sans diaboliser l’histoire. En engageant une revification pragmatique des relations avec la France, le Président Faye a rappelé une vérité fondamentale : l’indépendance ne s’exprime pas par les slogans, mais par la capacité à négocier, à diversifier ses partenariats et à défendre ses intérêts avec fermeté et intelligence. Loin d’un suivisme hérité, il s’agit aujourd’hui de redéfinir la relation franco-sénégalaise dans le respect mutuel, en veillant à ce que les accords servent d’abord les priorités nationales : transformation locale des matières premières, transfert de technologies, ouverture vers de nouveaux marchés. Il faut donc, le rappeler: Même les puissants comme les États-Unis, la France, la Chine, l’Allemagne ou le Japon, les pays du Golf (ces mastodontes économiques et militaires) ont besoin d’alliances, de partenariats et d’institutions internationales pour maintenir leur puissance. Comment croire alors qu’un pays comme le Sénégal, ouvert sur l’océan et dépendant de tant de flux extérieurs, pourrait se barricader au nom d’un souverainisme idéologique ? Le souverainisme appauvrit, la souveraineté protège.

*Sortir du malentendu historique*

Il y a un cap à tenir. Le défi du Sénégal n’est donc pas de «couper le cordon» avec la France, mais de changer la nature du cordon. Ce n’est plus un lien de dépendance verticale, jacobin et paternaliste, mais une coopération d’égal à égal, intégrée dans un réseau d’alliances africaines, européennes, asiatiques et américaines. La vraie rupture n’est pas avec la France en tant que nation, mais avec un mode de relation hérité du passé. Le Sénégal, sous l’impulsion du président Faye, doit continuer à travailler à ce rééquilibrage subtil : être ouvert sans être soumis, être ferme sans être fermé.Sortir du jacobinisme français ne signifie pas crier au souverainisme, mais construire une souveraineté nationale solide, appuyée sur des partenariats diversifiés. Le Sénégal a besoin de la France comme il a besoin de la Chine, des États-Unis, des pays asiatiques, du Golf, de l’Afrique elle-même. L’essentiel n’est pas de choisir entre eux, mais de choisir pour nous. Pour l’intérêt du Sénégal.La vraie rupture du Sénégal n’est pas avec la France en tant que pays, mais avec un mode de relation hérité du jacobinisme colonial. Se libérer de cette emprise ne veut pas dire se fermer au monde, mais réécrire les règles du jeu.Senghor l’avait déjà dit : enracinement et ouverture. Bassirou Diomaye Faye en fait aujourd’hui une pratique diplomatique. Notre destin se trouve dans cette voie médiane : être enraciné sans être enfermé, ouvert sans être soumis.C’est de ça qu’il s’agit.Du moins, c’est mon avis.😋*BBF*

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