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LE PROBLÈME N’EST PLUS DANS LA CONNAISSANCE, MAIS DANS LE COMPORTEMENT ÉTHIQUE : COMMENT RÉFORMER LE SYSTÈME ÉDUCATIF POUR ENRAYER L’HÉMORRAGIE DES RESSOURCES PUBLIQUES Par Magaye Gaye Économiste international, Ancien cadre de la (BOAD)

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UN PARADOXE QUI INTERPELLE

Jamais nos États n’ont compté autant de diplômés en gestion, en audit, en contrôle budgétaire, en comptabilité ou en finance publique. Jamais non plus les outils de suivi, les manuels de procédures, les normes internationales et les cabinets d’audit n’ont été aussi présents. Et pourtant, année après année, des centaines de milliards continuent de s’évaporer vers d’autres cieux, dans une indifférence presque banalisée.Ce paradoxe impose une remise en question profonde. Il ne s’agit plus d’un déficit de compétences techniques. Le problème n’est plus dans la connaissance. Il est dans le comportement éthique.

LES LIMITES DU MODÈLE ÉDUCATIF ACTUEL

Pendant trop longtemps, nous avons cru qu’accumuler des diplômes suffirait à produire de la bonne gouvernance. Le système éducatif moderne repose sur une hypothèse fragile : former des experts garantirait mécaniquement une gestion vertueuse. L’expérience démontre exactement l’inverse.Les plus grands scandales financiers ne sont pas l’œuvre d’ignorants, mais de professionnels parfaitement formés, maîtrisant les règles, les procédures et les failles des systèmes qu’ils sont censés protéger. Nos écoles ont produit d’excellents techniciens, mais trop rarement des gardiens de l’intérêt général.

REPLACER L’ÉTHIQUE AU CŒUR DE LA FORMATION

Former autrement suppose de faire de l’éthique une discipline structurante, intégrée à toutes les étapes du parcours éducatif. Il ne s’agit pas d’un module décoratif, mais d’un socle. Aucun diplôme en gestion publique, en finance ou en audit ne devrait être délivré sans une évaluation sérieuse de la capacité à faire face à des dilemmes concrets : pressions hiérarchiques, conflits d’intérêts, injonctions illégitimes.L’éthique ne se mesure pas dans les discours, mais dans la capacité à dire non, à assumer un coût personnel et à placer l’intérêt collectif au-dessus de l’avantage immédiat.

CHANGER LA FINALITÉ DE L’ÉDUCATION

La question n’est donc plus de former davantage, mais de former autrement. Nos pays n’ont pas besoin de plus de cadres brillants sans boussole morale. Ils ont besoin de responsables capables de résister, de refuser et de protéger ce qui leur est confié.Tant que l’éducation continuera à produire des compétences sans conscience, les milliards continueront de disparaître. Réformer le système éducatif par l’éthique n’est plus un luxe intellectuel. C’est une urgence économique, politique et morale.

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