« Toute interaction est une scène où se joue la préservation de la face. » – Erving Goffman
« Le pouvoir ne se dit pas, il se montre. » – Machiavel
I. Affirmation présidentielle : une stratégie de repositionnement
La nomination d’Aminata Touré à la tête de la coalition « Diomaye Président » constitue un acte de repositionnement symbolique. En désavouant implicitement le choix d’Aïssatou Mbodj soutenu par Sonko, le Président Diomaye Faye réaffirme sa souveraineté dans l’espace politique.
Selon Sun Tzu, « le général qui contrôle le terrain contrôle l’issue du conflit ». Ici, le terrain est discursif : la coalition devient un levier d’autorité présidentielle, non plus un prolongement militant.
Mais cette manœuvre est aussi une opération de facework, au sens de Goffman :
- Diomaye Faye protège sa face présidentielle, celle du chef d’État autonome, en refusant d’apparaître comme dépendant du Premier ministre.
- Il impose une définition de la situation où le leadership exécutif prévaut sur la coordination partisane.
II. Réaction de PASTEF : une tentative de recadrage interactionnel
Le communiqué du parti PASTEF, proposant la création de l’Alliance Patriotique pour le Travail et l’Éthique (APTE), est une réponse interactionnelle typique de l’école de Palo Alto : le contenu manifeste (juridique) masque une injonction relationnelle.
Selon Watzlawick, toute communication a deux niveaux :
- Le contenu : ici, la clarification du rôle de la Conférence des leaders.
- La relation : une tentative de recadrer le Président comme simple membre de la coalition, non comme son chef.
Ce double niveau révèle une tension :
- Le parti veut maintenir la symétrie relationnelle entre Sonko et Diomaye, alors que ce dernier tend vers une relation complémentaire, où le Président décide et le parti exécute.
III. La scène publique : gestion des apparences et des contradictions
Le téra-meeting du 8 novembre, les nominations, les communiqués : chaque événement est une mise en scène, au sens goffmanien. Les acteurs politiques y jouent des rôles, protègent leur image, et tentent de définir la situation.
Mais les contradictions émergent :
- Sonko parle comme un chef, mais n’est pas Président.
- Diomaye agit comme un stratège, mais reste discret.
- Le public perçoit une unité, mais les signaux sont dissonants.
Selon Palo Alto, le paradoxe relationnel naît quand le message verbal contredit le message non verbal. Ici, l’unité affichée est contredite par les actes : nominations, désaveux, restructurations.
IV. Recommandations stratégiques et gestion transitoire de la crise
- Renforcer la cohérence interactionnelle : éviter les messages ambigus entre discours d’unité et actes de rupture.
- Maîtriser la définition de la situation : imposer une lecture présidentielle des événements, en contrôlant les canaux de communication.
- Préserver la face des alliés : ne pas humilier publiquement Sonko ou PASTEF, mais redéfinir les rôles par des actes symboliques (consultations, missions, délégations). Eviter, au niveau de Pastef toute sortie qui pourrait écorner l’image du Président Diomaye.
- Anticiper les recadrages : chaque communiqué des parties doit être lu comme une tentative de repositionnement relationnel. Répondre par des actes, non par des contre-discours.
V. Conclusion : une guerre des définitions
Ce conflit n’est pas idéologique, mais interactionnel et stratégique. Il oppose deux lectures du pouvoir :
- Celle du Prince, qui gouverne et décide.
- Celle du Stratège, qui inspire et mobilise.
La coalition devient le théâtre d’une guerre des définitions, où chaque acteur tente de fixer les rôles, les visages, les légitimités.
Le Président pourrait imposer sa définition, sans briser la face de ses alliés. Sonko pourrait se déployer tout en gérant et ménageant le statut institutionnel et symbolique du Chef de l’Etat.
C’est là l’art de gouverner sans rompre.
À défaut, nous risquons d’assister à une accélération des divergences publics et politiques pas forcément porteuses de valeur ajoutée pour le Sénégal.
En toute générosité, et en toute transparence, ma contribution républicaine pour la gouvernance politique de notre pays.
Dans ce contexte sécuritaire sous regional plus que tendu, le Sénégal le vaut bien.
Mamadou Thiam
Expert en stratégies, images et performance
CEO groupe Primus
mamadouthiam@hotmail.com
























