Le 10 juillet 2025, le ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires a adressé une lettre circulaire aux maires et présidents de conseil départemental. Ce document annonce l’envoi, dès ce mois de juillet, de missions chargées de vérifier la gestion administrative et comptable et le fonctionnement des organes et commissions des collectivités locales.Au premier abord, cette opération peut paraître salutaire : qui s’opposerait à un audit, gage supposé de bonne gouvernance ? Mais à y regarder de plus près, l’odeur du soupçon s’épaissit. Car sur les 554 collectivités territoriales que compte le Sénégal, seules 17 ont été ciblées. Et hasard malheureux ou stratégie bien pensée, ces 17 collectivités ont toutes un point commun : elles sont dirigées par des maires issus de l’opposition, mais aucune d’entre elles n’est sous la bannière du Pastef, le parti aujourd’hui au pouvoir.Pourquoi ces collectivités et pas d’autres ? Le ministère se garde bien de le préciser. L’opacité du processus interroge. Aucune information n’est donnée sur les critères de sélection, la méthodologie des audits, ni même le calendrier de remise des rapports. Ce silence administratif est tout sauf neutre dans un climat politique tendu, où chaque acte peut être perçu comme une manœuvre.Le doute est d’autant plus permis que le Code général des collectivités territoriales offre une arme discrète mais redoutable : le pouvoir de dissolution. En cas de manquements graves , le ministre peut dissoudre un conseil municipal ou départemental, et nommer une délégation spéciale, suspendant ainsi le suffrage universel local. Certes, le texte encadre ce recours, mais l’expérience enseigne que dans les périodes de crispation politique, les garde-fous juridiques sont souvent contournés au nom de la stabilité.Ce qui se dessine derrière ces audits sélectifs ressemble fort à une reprise en main ciblée des bastions de l’opposition. Une tentative subtile de reprendre par l’administration ce que les urnes ont donné à d’autres. Déjà, certains parlent d’une dictature qui ne se cache plus, d’un pouvoir qui prépare le remplacement d’élus légitimes par des technocrates désignés, sous couvert de mise en conformité.Une démocratie mature repose sur l’autonomie locale, la reddition des comptes et l’équité de traitement. Oui, l’État a le devoir de s’assurer de la bonne utilisation des ressources publiques. Mais il doit le faire de manière impartiale, transparente et respectueuse de la volonté populaire.Il est donc urgent que le gouvernement rende publics les termes de référence des missions, les résultats des audits, ainsi que les droits de recours offerts aux collectivités. Faute de quoi, la circulaire du 10 juillet 2025 apparaîtra non pas comme un outil de bonne gouvernance, mais comme une manœuvre de centralisation autoritaire, un recul démocratique masqué derrière des vérificateurs de comptes. Baba Aidara investigative Journalist

























